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Comment Tony Iommi (Black Sabbath) a inventé le riff metal

Ce qu’il faut retenir
  • À 17 ans, Tony Iommi perd le bout de deux doigts dans une usine de Birmingham, et invente des prothèses en plastique pour continuer à jouer.
  • Ces doigts sans sensation l'obligent à détendre ses cordes, et l'accordage bas qui en découle donne au riff un poids jamais entendu.
  • Sa Gibson SG rouge de 1965, surnommée Monkey, devient la guitare des premiers albums de Black Sabbath après la panne d'une Stratocaster.
  • Un treble booster Rangemaster devant des têtes Laney poussées à fond complète la recette, encore étudiée par chaque guitariste de doom et de metal.

On a tous un riff qui nous a fait comprendre que la guitare pouvait faire peur. Pour beaucoup d'entre nous, c'est le premier accord du morceau « Black Sabbath », cette cloche sous la pluie puis trois notes qui tombent comme une dalle de béton. Derrière, il y a Tony Iommi, un guitariste gaucher de Birmingham à qui il manque deux phalanges, une Gibson SG rouge et une idée toute simple : détendre les cordes. Le metal n'est pas né d'un manifeste. Il est né d'une contrainte physique, contournée avec obstination, dans une ville ouvrière où l'on entendait les presses tourner jour et nuit. Retour sur la façon dont un accident de travail, un bout de bouteille de liquide vaisselle et un accordage descendu ont fabriqué le son le plus lourd de l'histoire du rock.

Tony Iommi, l'accident qui a tout changé

Aston, Birmingham, milieu des années 60. Tony Iommi a 17 ans et travaille dans une tôlerie. C'est son dernier jour à l'usine : le lendemain, il doit partir en tournée en Allemagne avec son groupe. Une presse se referme sur sa main droite et lui sectionne le bout du majeur et de l'annulaire. Pour un gaucher, c'est la main qui appuie sur les cordes. Autrement dit, la carrière est finie avant d'avoir commencé.

C'est son contremaître qui lui passe un disque d'un certain Django Reinhardt, qui jouait avec deux doigts valides après un incendie. Iommi refuse de lâcher. Il fait fondre une bouteille de liquide vaisselle, en façonne deux dés en forme de bout de doigt, les ponce et les recouvre d'un morceau de cuir découpé dans une vieille veste. Bricolage pur, et pourtant il en jouera toute sa vie.

Bon à savoir

Avec ses prothèses, Iommi ne sent plus la corde sous le doigt. Il appuie trop fort, et les bends (tirer sur la corde pour monter la note) deviennent un supplice. Les jeux de cordes légers n'existant pas encore, il glane des cordes de banjo pour alléger ses aigus.

Aujourd'hui, le choix est vaste : un jeu de cordes pour guitare électrique se trouve en tirant 9, 10 ou 11, et l'on peut affiner la tension corde par corde. À la fin des années 60, ce confort n'existe pas. La seule manière de soulager ses doigts, c'est de relâcher la tension elle-même. Et c'est là que tout bascule.

Une Gibson SG de secours devenue arme principale

Au départ, Iommi joue sur une Fender Stratocaster blanche. En octobre 1969, Black Sabbath enregistre son premier album en une seule journée, en quasi-live. Pendant les sessions, le micro manche de la Strat lâche. Iommi attrape sa guitare de réserve : une SG rouge de 1965, montée en micros simples P-90, qu'il n'avait presque jamais utilisée. Elle ne le quittera plus pendant les quatre ou cinq premiers albums du groupe.

Pourquoi une SG colle-t-elle aussi bien à ce jeu ? Le corps en acajou est fin et léger, le pan coupé double libère l'accès aux aigus, et le manche très accessible pardonne une main qui travaille avec des dés en plastique. Surnommée Monkey à cause d'un autocollant de singe, cette guitare a depuis rejoint la collection du Hard Rock Cafe, et Gibson l'a empruntée pour en tirer une réplique. Côté Gibson, la SG reste d'ailleurs un pilier du catalogue.

La SG Standard '61 reprend les codes des premiers millésimes : corps en acajou très sculpté, petit pickguard, manche en acajou au profil Slim Taper. Le couple acajou donne ce bas-médium dense et ce sustain généreux qu'un riff en accords de puissance réclame.

Ses deux humbuckers 60s Burstbucker, câblés à la main avec condensateurs Orange Drop, n'ont rien des P-90 de Monkey. Ils offrent en revanche une attaque incisive au chevalet, parfaite pour retrouver l'énergie d'une SG cerise poussée dans un ampli à lampes.

Points forts

  • Corps et manche en acajou, sustain généreux
  • Profil Slim Taper rapide sur tout le manche
  • Câblage à la main et potentiomètres audio progressifs

Points faibles

  • Humbuckers, pas de P-90 comme sur la Monkey d'origine

L'accordage bas, ou comment le riff est devenu lourd

Le premier album sort le vendredi 13 février 1970. Le morceau-titre repose sur un intervalle que les théoriciens du Moyen Âge appelaient le diabolus in musica : le triton, trois tons d'écart, ici un Sol suivi de son octave puis d'un Do#. Ajoute la lenteur, le volume, la cloche, et tu obtiens un malaise qui ne s'était jamais entendu sur un disque de rock.

Avec Master of Reality en 1971, Iommi va plus loin. Sur « Children of the Grave », « Into the Void » ou « Lord of This World », il descend sa guitare de trois demi-tons : l'accordage Mi-La-Ré-Sol-Si-Mi devient Do#-Fa#-Si-Mi-Sol#-Do#. Geezer Butler suit à la basse. Les cordes se détendent, les bends deviennent supportables pour ses doigts, et chaque power chord gagne une épaisseur presque physique. Iommi l'a dit simplement : il cherchait un son plus gros, plus lourd.

Astuce
  • Pour tester l'accordage de Master of Reality, descends chaque corde de trois demi-tons et passe à un tirant plus fort : une corde trop molle frise et sonne flou.
  • Un accordeur chromatique t'évite de compter les demi-tons à l'oreille.
  • Sur une guitare à chevalet réglable, un léger ajustement de l'intonation après le changement de tirant garde les accords justes en haut du manche.

Ce qui frappe, c'est que le metal entier a hérité de cette décision. Le doom, le stoner, le sludge, jusqu'aux groupes qui descendent aujourd'hui en Si ou en La : tous jouent, d'une façon ou d'une autre, avec la tension relâchée d'un guitariste qui ne sentait plus ses cordes.

Le son de Tony Iommi, du treble booster au mur Laney

La SG ne fait pas tout. Dès l'époque de son premier groupe, Mythology, Iommi branche un Dallas Rangemaster, un petit treble booster (un boost qui met l'accent sur les aigus) destiné à réveiller l'ampli. Un musicien croisé en tournée lui modifie le circuit du jour au lendemain, et Iommi ne saura jamais exactement ce qu'il a changé. Il sait seulement que ça sonne. Pour retrouver ce principe sur un pedalboard actuel, la Fulltone Ranger s'inspire directement du Rangemaster, avec un sélecteur six positions.

Derrière, il y a Laney, une marque née à Birmingham comme le groupe. Les têtes Supergroup de 100 W, poussées à fond, alimentent bientôt des murs de baffles 4x12. Le booster attaque un ampli déjà au bord de la saturation : c'est cette chaîne, plus que n'importe quelle pédale de distorsion, qui donne aux riffs de Sabbath leur grain à la fois rugueux et lisible.

Cette réédition de la tête signature de Tony Iommi sort de la gamme Black Country Customs de Laney. Un circuit 100 % lampes en 100 W, quatre 6L6 en puissance, pensé pour encaisser un jeu lourd, des accordages bas et des boosts.

Deux canaux Lead et Rhythm indépendants, chacun avec son volume, son égalisation trois bandes et son Pre-Boost activable. Les réglages Enhance et Presence et une boucle d'effets complète en font une tête de scène, à associer à un ou plusieurs baffles.

Points forts

  • 100 W lampes, quatre 6L6, réserve de puissance énorme
  • Deux canaux indépendants avec Pre-Boost sur chacun
  • Boucle d'effets flexible (Insert, Side Chain, Bypass)

Points faibles

  • Tête seule, baffle à prévoir
  • Puissance taillée pour la scène plus que pour l'appartement

Des micros signature pour un son massif

Avec les années, Iommi passe des P-90 aux humbuckers à haut niveau de sortie, sur des SG construites sur mesure. Gibson a fini par lui dédier un micro dans son Artist Collection, fabriqué à Nashville au Gibson Pickup Shop.

Le humbucker Tony Iommi Signature annonce une résistance de 16k, de quoi envoyer du gain, une compression naturelle et une présence marquée dans le mix. L'association céramique et Alnico 2 cherche l'équilibre entre mordant et musicalité.

Le traitement potted le rend fiable à fort volume, et le câblage quatre conducteurs ouvre au split ou au montage parallèle pour éclaircir un couplet.

Points forts

  • Sortie élevée, sustain et attaque franche
  • Câblage 4C pour personnaliser le montage
  • Potted, stable à fort volume

Points faibles

  • Sortie très chaude, moins indiquée pour les sons clairs délicats
Le conseil Woodbrass

Pas besoin d'un mur de baffles pour approcher ce grain. Une Catalinbread Sabbra Cadabra reprend l'idée du treble booster devant un stack poussé, avec un ampli resté dans sa zone claire. Accorde ta guitare bas, garde un médiator épais et laisse les accords sonner : le reste vient des doigts.

Ce que la légende de Tony Iommi dit encore aux guitaristes

Il y a quelque chose de profondément encourageant dans l'histoire de Tony Iommi. Le parrain du metal n'a pas inventé un genre à force de virtuosité, il l'a inventé parce qu'il ne pouvait pas jouer comme les autres. Des prothèses maison, des cordes détendues, des accords réduits à deux ou trois notes faciles à tenir : chaque limite est devenue une signature.

Le 5 juillet 2025, à Villa Park, Black Sabbath a dit au revoir à Birmingham avec « Back to the Beginning ». Ozzy Osbourne est mort quelques semaines plus tard. Iommi, lui, joue toujours avec ses dés en plastique et sa SG. La prochaine fois que tu descends ta guitare d'un ton et demi pour un riff, pense à la presse d'Aston. Tu n'en serais peut-être pas là sans elle.

Sources

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