
- Juan Atkins, considéré comme le père de la techno, est mort le 1er novembre 2026 à Mexico, à 64 ans. Il devait y jouer au YuYu Cine Club. Aucune cause officielle n’a été communiquée.
- Avec Derrick May et Kevin Saunderson, il formait les Belleville Three, trois copains d’école de la banlieue de Detroit à l’origine du genre.
- « Clear » (Cybotron, 1983) et « No UFO’s » (Model 500, 1985) ont posé les bases de la techno. Son morceau « Techno Music » (1988) lui a donné son nom.
- Fondateur du label Metroplex, il a aussi aidé à bâtir le pont entre Detroit et Berlin, avec le duo Borderland et le label Tresor.
Si tu as dansé sur « Lose Control » de Missy Elliott en 2005, tu as déjà entendu Juan Atkins. Missy y sample « Clear », un titre qu’il avait enregistré en 1983 avec Cybotron. C’était un peu ça, Juan : un son que tout le monde a dans l’oreille, un nom que seuls les passionnés connaissaient vraiment.
Chez Woodbrass, on passe nos journées au milieu des synthés, des boîtes à rythmes et des platines. Une bonne partie de ce qu’on aime remonte, d’une façon ou d’une autre, à un ado de la banlieue de Detroit penché sur un petit Korg. Alors quand la nouvelle est tombée ce dimanche 1er novembre, ça nous a fait l’effet d’un kick qui s’arrête net au milieu du morceau.
Belleville, une grand-mère et un Korg MS-10
Juan Atkins naît à Detroit en 1962. Après la séparation de ses parents, il s’installe chez ses grands-parents à Belleville, une petite ville à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest du centre. Gamin, il joue de la guitare et de la basse dans des groupes de funk.
Et puis il y a sa grand-mère, Lily. Elle joue de l’orgue Hammond B3 et, quand il a 15 ans, elle l’aide à s’offrir son premier synthé : un Korg MS-10. Un petit monophonique dont il tire absolument tout sur ses cassettes de démo, les basses, les mélodies, et même les percussions. « Ce qu’il y a avec le synthé, c’est qu’il pouvait faire toutes sortes de sons que personne n’avait jamais entendus », racontait-il.
À Belleville, il se lie avec deux garçons un peu plus jeunes que lui, Derrick May et Kevin Saunderson. Le soir, les trois ont l’oreille collée à la radio. Sur les ondes de Detroit, l’animateur The Electrifying Mojo passe aussi bien Kraftwerk que Parliament-Funkadelic. « On l’écoutait religieusement. Tous les soirs », se souvenait Juan.
Le mot « techno », Juan Atkins l’a en partie trouvé dans un livre. Dans La Troisième Vague (1980), le futurologue Alvin Toffler parle de « techno-rebelles ». L’expression lui reste. On la retrouve dès 1984 dans « Techno City », chez Cybotron, puis en 1988 dans « Techno Music ».
Cybotron, la techno avant la techno
Au community college, Juan rencontre Richard Davis, de dix ans son aîné, qui bidouille déjà des sons sur un ARP Axxe. Au tout début des années 80, ils montent ensemble Cybotron. Le premier single, « Alleys of Your Mind », sort en 1981 sur Deep Space, le petit label de Juan. Suivent « Cosmic Cars » en 1982, puis « Clear » en 1983, extrait de l’album Enter.
« Clear » s’écoule à environ 50 000 exemplaires, un vrai succès pour un disque fait à deux avec des machines. Plus de quarante ans plus tard, Carl Cox écrit que ce morceau n’a « jamais quitté son âme ».
En 1985, les deux associés se séparent. Cybotron s’arrête là, du moins pour un temps.
Model 500 et Metroplex : Detroit trouve sa voix
Juan ne perd pas de temps. La même année, il fonde son label, Metroplex, et sort « No UFO’s » sous le nom de Model 500. C’est ce disque qui fait traverser l’Atlantique à la techno de Detroit.
Juan, c’est aussi l’aîné de la bande, celui qui montre le chemin. Kevin Saunderson l’a rappelé ce week-end : c’est lui qui l’a aidé à terminer son tout premier disque, « Triangle of Love ». « Ça comptait beaucoup pour moi à l’époque, et ça compte encore aujourd’hui », a-t-il écrit.
En 1988, une compilation britannique veut faire découvrir cette nouvelle musique au public anglais : Techno! The New Dance Sound of Detroit. Juan y signe « Techno Music ». Le nom colle, et le genre ne le lâchera plus. C’est un Anglais, Neil Rushton, qui donne au trio son surnom : les Belleville Three.

Pas besoin d’un studio rempli de machines pour commencer. Juan Atkins a démarré avec un seul synthé monophonique, dont il tirait ses basses, ses mélodies et ses percussions. Un petit synthé analogique bien choisi suffit pour comprendre comment un son se construit, de l’oscillateur au filtre. Si tu hésites, on a comparé les meilleurs modèles dans notre guide pour choisir son premier synthé analogique.
De Detroit à Berlin, quarante ans sur la route
Sous le nom de Model 500, Juan sort l’album Deep Space en 1995, et multiplie les alias, d’Infiniti à Audiotech. Il se tourne aussi vers Berlin, où la techno de Detroit a trouvé une deuxième maison. Avec Moritz von Oswald, il forme le duo Borderland, qui sort ses disques chez Tresor.
Sven Väth résume bien ce qu’il a construit : sa vision « a inspiré des générations et aidé à bâtir un pont musical entre Detroit et Berlin ».
Il ne s’est jamais vraiment arrêté. En 2023, il relance Cybotron avec le producteur berlinois Laurens von Oswald, toujours chez Tresor. Ces deux dernières années, on le croisait encore dans les clubs, de New York à Berlin, et sur des festivals comme Movement à Detroit, Dekmantel à Amsterdam ou Houghton en Angleterre.
Mexico, le set qui n’a pas eu lieu
Le samedi 31 octobre, Juan Atkins devait jouer au YuYu Cine Club, à Mexico. Le club a d’abord annoncé l’annulation sur Instagram, avant que la nouvelle ne tombe. Juan avait été retrouvé inconscient dans sa chambre d’hôtel avant son set, puis transporté à l’hôpital, où il a été déclaré mort. Son agence, Greensmith Artists, a annoncé son décès le dimanche 1er novembre. Aucune cause officielle n’a été communiquée.
Derrick May a écrit la phrase la plus dure à lire : « Il ne s’est jamais plaint, il n’a jamais dit à quel point il était malade depuis des années. » Kevin Saunderson a parlé de son « frère », de « l’inventeur de la techno, un vrai visionnaire qui a ouvert la porte à tant d’entre nous, moi compris ».
La scène française a réagi elle aussi. « Aujourd’hui, nous avons perdu l’un des pères fondateurs de notre musique », a écrit Laurent Garnier. Agoria, lui, s’est adressé directement à Juan : « Tu as posé les fondations de toute notre scène. »
Des vaisseaux spatiaux sur des disques
Juan Atkins avait une jolie façon de résumer ce qu’il cherchait : « Je voulais faire atterrir des vaisseaux spatiaux sur mes disques. » Quand on lui demandait s’il y était arrivé, il répondait simplement : « Absolument. »
Difficile de lui donner tort. Quarante ans plus tard, ses vaisseaux continuent d’atterrir dans les clubs, dans les home studios et dans les écouteurs de gens qui n’ont jamais entendu parler de Belleville. Ce soir, on remettra « No UFO’s », un peu plus fort que d’habitude. Repose en paix, Juan.
Sources
- NBC News – Juan Atkins, co-creator of the techno music genre, dies at 64
- Complex – Detroit Techno Pioneer Juan Atkins Dies at 64
- Houz-Motik – Juan Atkins, pionnier de la techno de Detroit, est mort à 64 ans
- The Quietus – Remember Them: The Incalculable Legacy of Juan Atkins
- Local 12 – Techno architect, member of Detroit’s “Belleville Three” Juan Atkins dies at 64
- Wikipedia – Juan Atkins

